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SAUVER LA GRECE POUR SAUVER L’EURO…

SAUVER LA GRECE POUR SAUVER L’EURO : CHANGEMENT
DE PARADIGME DANS LA CONDUITE DE NOS FINANCES PUBLIQUES POUR RENOUER AVEC LE
POTENTIEL DE L’EUROPE…

Par Philippe-Henri
Latimier, Ph.D., Consultant international en réforme des marchés de capitaux &
Professeur d’Ingénierie Financière & Financement
de Grands Projets

* Philippe-Henri Latimier est également
Président-Fondateur d’Euro Raid Export Academia (EREA) & Membre du Comité de Rédaction de LA LETTRE DIPLOMATIQUE www.lalettrediplomatique.fr

La crise financière a transformé le monde économique
depuis 2007 au point de laisser croire un  temps que les fluctuations macroéconomiques n’étaient plus sous contrôle.

Cette crise a aussi révélé que même les Etats dont les finances publiques affichaient un solde public à l’équilibre avant la crise, pouvaient être sujets à des déséquilibres financiers importants.

Aussi, José Manuel Barroso ne croyait-il pas si bien
dire en écrivant déjà en 2009 dans ses Directives politiques destinées à la nouvelle Commission que « Nous traversons une époque singulière et que ce dont l’Europe a besoin, c’est d’un agenda de réformes. Et que ce n’est qu’en étant unie dans l’action que l’Europe disposera de la masse critique nécessaire ».

Mais l’Europe fonctionne t-elle à l’unisson ?

La question mérite d’être posée à l’aube du sommet du
G20 de Cannes, alors même que le gouvernement Papandréou vient de décider  d’organiser un referendum sur l’accord conclu
la semaine dernière par les européens, destiné à abandonner généreusement 50% de la dette publique du pays.
Et tandis que l’italien Mario Draghi succède à Jean – Claude Trichet à la tête de la BCE.

Ce qui est certain, c’est que pour que l’Europe se remette à l’heure de la croissance, elle doit tout à la fois assainir ses finances
publiques, renforcer la surveillance macro prudentielle de la zone euro et surtout se réformer en vue de libérer son potentiel de croissance.

Faut-il rappeler ici qu’en matière de croissance
économique, justement, nous avons quelques raisons de nous inquiéter car face aux Etats-Unis, à la Chine, au Japon à la Russie et au Brésil, la France et l’Italie pourraient disparaître du
classement mondial des dix économies les plus puissantes, après 2050. D’aucuns disent que même l’Allemagne et le Royaume Uni pourraient se trouver menacés de ne plus figurer sur cette liste, si la tendance actuelle se poursuivait ?

Par ailleurs, comme les études les plus sérieuses le confirment : quatre années de croissance annuelle en Europe ont été
effacées par la récession et nos taux de croissance ont fondu de plus de la moitié par rapport aux taux de l’avant-crise. Dans le même temps, si la stabilité des prix a été assurée depuis la création de l’euro, l’économie européenne s’est sérieusement affaiblie et le chômage fortement développé.

Du coup, il ne se passe pas un jour sans que l’actualité nous le rappelle brutalement : sans réformes, l’Europe prendra encore plus de retard sur ses concurrents, sans une croissance forte et durable notre avenir paraît plus que compromis tant il est vrai que le coût des modèles sociaux des pays de l’Union pourrait devenir rapidement inabordable.

Le problème, là encore, c’est que pour que l’Europe puisse faire davantage afin d’aller au devant du monde et stimuler le commerce et ses exportations en dépit d’un euro à l’évidence surévalué,  encore faut-il que l’état de  ses finances publiques ne freine pas sa croissance.

Le cercle paraît sans fin…

Du coup, compte tenu des tensions budgétaires, les gouvernements ne peuvent plus assurer la reprise par la dépense. Ils doivent mettre en œuvre des réformes structurelles et trouver  dans le même temps de nouvelles sources de croissance tout en améliorant l’efficience du secteur public et tout en veillant à renforcer la compétitivité du secteur privé sans oublier la lutte contre la corruption, la promotion de comportements éthiques et le rétablissement de la confiance dans les institutions :  au cumul, tout cela fait « du pain sur la planche »…

Ajoutons à cet égard, que parmi les sources potentielles d’instabilité au sein de la zone euro, certains imputent les
déséquilibres aux écarts de compétitivité entre Etats membres, alors que d’autres les imputent à une forte expansion du crédit accompagnée d’une forte augmentation du prix des actifs immobiliers notamment.
L’exemple de l’Espagne en est la preuve irréfragable.

Au fond, la seule bonne nouvelle c’est qu’ au sein de
la zone euro, chacun est convaincu de la nécessité de se doter de mécanismes de prévention du risque systémique plus complets que ceux prévus par le Pacte de stabilité et de croissance : enfin un consensus !

Au final, aujourd’hui, tout se passe  comme si nous avions tous une responsabilité commune pour proposer des solutions destinées à faire repartir notre économie à la fois malade de cet endettement excessif et de cette crise de confiance à l’égard du système financier en dépit du niveau des interventions à grande échelle
auquel les pouvoirs publics ont déjà procédé à l’intérieur du système bancaire fragilisé tant par la crise des « subprimes » que par  les débordements de la finance de marché.

On est donc en droit de se poser la question de savoir ce qu’il faut donc faire pour sortir de cet enlisement ?

Quelques pistes ici nous paraîssent intéressantes en attendant d’apprécier « la réponse globale » promise par le tandem
franco-allemand :

  • D’abord, il convient que nos leaders politiques
    précisent dans le détail les mesures annoncées le 26 octobre dernier et  les mettent en œuvre rapidement afin de mieux
    cloisonner le problème de la dette souveraine tout en l’isolant  de la question  du risque de défaillance éventuelle du système bancaire européen. 

On a parlé de 108 milliards d’euros à lever au titre
de la recapitalisation des banques européennes d’ici à la fin juin 2012 ?  Est-ce suffisant ?…

Mais aussi, de 2,5 milliards d’euros s’agissant du besoin immédiat de capitaux résultant des « stress tests » réalisés en juillet 2011 par l’Autorité bancaire européenne. Et enfin, de 460 milliards d’euros liés à l’effort nécessaire selon la Commission Européenne (décembre 2010) pour que le secteur bancaire européen respecte les nouvelles règles édictées par Bâle 3 : le ratio de fonds propres « durs » exigé par Bruxelles passerait maintenant de 7% à 9%. Précisons ici que les banques françaises affichent à cet égard une sérénité totale et affirment qu’elles pourront se recapitaliser elles-mêmes.

A la rubrique des recettes, on n’attend avec impatience d’en savoir un peu plus sur la question de la taxe sur les transactions financières que PARIS et BERLIN soutiennent et qui pourrait rapporter quelque 200 milliards de dollars.

  • Ensuite, il faut régler définitivement la question grecque
    afin d’éviter tout risque de contagion au sein de l’Union tout en veillant à l’indispensable recapitalisation des banques concernées par une exposition excessive au risque grec.

On aurait toutefois pu s’abstenir de recourir aux abandons de créances qui pourraient faire école dans d’autres pays jugés vulnérables et se limiter au principe d’une restructuration du service de la dette « en donnant du temps au temps » : une grave erreur  qui selon nous risque de coûter cher !

  • Enfin, pour revenir à la nécessité de renouer avec une
    croissance durable, il faut se prémunir contre toute hausse des taux d’intérêts au sein de la zone euro grâce à l’intervention en tant que de besoin des banques centrales dont le rôle doit être plus que jamais de veiller à alimenter en liquidités les marchés afin de circonscrire toutes tensions inutiles.

 

  • Dernier point, il faut mettre en œuvre, là ou c’est
    indispensable, et avec détermination le grand chantier des réformes fiscales dédiées à l’indispensable renforcement des finances publiques au sein des pays les plus fragiles afin d’éviter de continuer à pénaliser les « bons élèves » de l’Union.

La coupe, à cet égard semble désormais pleine au point
que ces pays pourraient maintenant perdre patience et s’opposer à mettre la main à la poche.

Et à défaut, rien devrait nous empêcher d’imaginer la
sortie temporaire voire définitive des pays insuffisamment déterminés à respecter les termes d’une telle feuille de route liée à la consolidation fiscale.

On le voit bien, conserver une vue d’ensemble, telle
est la difficulté du moment face à cette crise économique et financière marquée à l’échelle européenne par des déficits budgétaires abyssaux et une dette  aussi éléphantesque qu’inexplicable.

Une chose pourtant est sûre à l’heure ou ces lignes
sont écrites : les interventions publiques massives des derniers mois ne peuvent se perpétuer indéfiniment.

Elles pèsent lourdement sur les budgets et,
comme tout médicament puissant, elles risquent désormais de nuire au patient.

Il faut donc cesser si l’on veut sortir de cette crise
les arrangements fragiles ainsi que les abandons de créances douteuses, aussi.

Et en finir avec « la fuite en avant » qu’illustrent les déficits budgétaires massifs de certains pays de l’Union qui
en font ensuite portés la charge de remboursement aux autres…

Alors que l’heure soit à l’assainissement
budgétaire…tout en atténuant l’impact sur les moteurs de la croissance à long-terme qui doit reposer sur l’innovation.

Que l’heure soit aussi à la transparence fiscale
afin que les gouvernements soient responsabilisés : l
a transparence fiscale permet d’établir des
projections budgétaires à long-terme sur l’impact fiscal des politiques publiques, de mesurer le passif éventuel de l’Etat vis-à vis du secteur privé, pour lequel l’impact budgétaire dépend de futurs risques financiers, sociaux, environnementaux et politiques.

N’hésitons pas à recourir à des commissions fiscales,
auxquelles les gouvernements de l’Union Européenne accorderaient une autonomie en matière d’évaluation et de suivi du processus budgétaire en dehors de tout conflit d’intérêt et protégées de toute influence politique ou économique.

Que les gouvernements s’engagent à respecter les
principes démocratiques de base, notamment la responsabilité devant le parlement, lors du montage budgétaire institutionnel en matière de transparence fiscale.

Voilà une partie du prix à payer « cash » pour renouer avec toute reprise durable au-delà de l’aide à la Grèce, de la recapitalisation des banques et de l’importance des moyens mis à la disposition
du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

Il faut restaurer la confiance et renforcer la gouvernance.

Bref,  en raison de l’importance de la dette à la fois publique et privée, tout indique que nous ne sommes pas tirés d’affaire et ce  quelles que soient les décisions du G20 de CANNES début novembre !

Même si l’Euro est sauvé, l’Europe risque de rester
durablement au pied du mur sous l’œil inquiet de la Chine et des Etats-Unis…

Elle restera suspendue qui plus est au verdict des
marchés qui tant que la dette globale ne sera pas contractée
substantiellement  resteront en alerte à scruter  l’échéance du prochain sauvetage ?

Dernier point pour rebondir sur l’euro, gageons que
Monsieur Draghi comprenne plus facilement que son prédécesseur qu’un euro « un peu moins fort » mais stable serait plutôt une chance pour l’Europe car cela stimulerait ses exportations et donc sa croissance économique : une façon efficace pour l’Europe de reprendre son souffle !

PHLDUCX