JEAN DE LA FONTAINE

LES FRANCAIS ET LA POLITIQUE…

LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE

L’oiseau de Jupiter enlevant un mouton,

Un Corbeau, témoin de l’affaire,

Et plus foible de reins, mais non moins glouton,

En voulut sur l’heure autant faire.

Il tourne à l’entour du troupeau,

Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau,

Un vrai mouton de sacrifice :

On l’avoit réservé pour la bouche des Dieux.

Gaillard Corbeau disoit, en le couvrant des yeux :

« Je ne sais qui fut ta nourrice;

Mais ton corps me paroît en merveilleux état :

Tu me serviras de pâture. »

Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.

La moutonnière créature

Pesoit plus qu’un fromage, outre que sa toison

Etoit d’une épaisseur extrême,

Et mélée à peu près de la même façon

Que la barbe de Polyphème.

Elle empêtra si bien les serres du Corbeau,

Que le pauvre animal ne put faire retraite.

Le berger vient, le prend, l’encage bien et beau,

Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.

Il faut se mesurer; la conséquence est nette :

Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.

L’exemple est un dangereux leurre :

Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs;

Ou la Guêpe a passé le Moucheron demeure.

La Fontaine – Fables – Livre II - 

Les Français et la Politique, les Français face aux Français : Avec Jean de La Fontaine…dont les fables ne connaissaient aucune règle, le célèbre fabuliste a déjà tout écrit de la Politique et de la sagesse de l’homme !

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