GEORGE MARSHALL

LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRISE ECONOMIQUE EN MATIERE DE PREVISIONS ET LES NOUVELLES APPROCHES DE L’OCDE FACE AUX DEFIS ECONOMIQUES.

  

LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRISE ECONOMIQUE EN MATIERE DE PREVISIONS ET LES NOUVELLES APPROCHES DE L’OCDE FACE AUX DEFIS ECONOMIQUES.

 Dans le rapport intitulé « Prévisions économiques de l’OCDE pendant et après la crise financière : un bilan » présenté hier à la presse au palais de la Muette et ce jour à Londres dans les locaux de la très prestigieuse LONDON SCHOOL OF ECONOMICS, il ressort que les prévisions économiques de l’Organisation ont globalement sous-estimé la gravité de l’effondrement de l’activité en 2008-2009, et qu’elles ont été trop optimistes quant au rythme de la reprise ces dernières années.

L’ampleur des erreurs de prévision relevée pour la période 2007 – 2012 est comparable selon Jean-Luc Schneider, le Directeur des Etudes de Politique Economique de l’OCDE à celle observée dans les années 70, au moment du premier choc pétrolier.

Toujours selon M. Schneider, la volatilité extrême qui a caractérisé la crise financière mondiale a compliqué les prévisions économiques, et a été la cause d’importantes erreurs qui font ressortir la nécessité d’améliorer les méthodes de modélisation et de repenser la réalisation des projections.

A cet égard, « la crise nous a enseigné beaucoup de choses » a déclaré le Chef Economiste de l’OCDE M. Pier Carlo Padoan à l’occasion de la présentation du rapport à Londres.

« Nous avons pris des mesures pour améliorer les modèles de prévision à court terme, construire de meilleurs indicateurs de la situation financière et étudier plus systématiquement de manière approfondie les risques entourant nos prévisions ».

Du coup, dans son rapport l’ OCDE analyse les principales sources d’ erreurs de prévision et en tire des enseignements susceptibles d’être mis à profit pour améliorer ses analyses et ses prévisions.

On retiendra ici s’agissant des principales conclusions du rapport, les points suivants :

  •  La croissance du PIB a en moyenne été surestimée durant la période 2007 – 2012, reflétant des erreurs non seulement au plus fort de la crise financière, mais aussi pendant la reprise qui a suivi.

 

  •  Les erreurs de prévision ont été plus importantes dans les pays les plus ouverts aux événements extérieurs et donc exposés aux chocs en provenance d’autres économies. Autre façon de dire la même chose, l’analyse des prévisions permet d’avoir un éclairage nouveau sur la manière dont différents pays ont été atteints par la crise économique mondiale. Ainsi, c’est dans les pays les plus ouverts en termes d’échanges et d’activités financières que les erreurs de prévision ont été les plus grandes, ce qui donne à penser que la mondialisation a accru la vulnérabilité aux chocs extérieurs et l’interdépendance entre les pays.

 

  • Les erreurs de prévision concernant la période 2007 – 2012 ont également plus importantes pour les pays dans lesquels la réglementation des marchés du travail et des produits était plus stricte avant la crise, signe peut-être d’une résilience inférieure à celle d’économies davantage déréglementées.

 

  • Une fois la reprise amorcée, la croissance a été plus fragile que prévu ou les banques avaient de faibles ratios de fonds propres avant la crise. En d’autres termes, l’ampleur des sous – estimations relatives à la croissance dans les pays dotés de systèmes bancaires fragiles confirme qu’il faut accroître le poids des facteurs financiers dans les modèles économiques. « Les aggravations successives de la crise de la dette souveraine dans la zone euro nous ont pris par surprise, à cause des effets de rétroaction plus marquée que prévu entre les défaillances du système bancaire et celles des émetteurs souverains, et ceci nous a conduits à surestimer les projections de croissance aux premiers stades de la reprise » a déclaré M. Padoan.

 

  • Les pays dans lesquels l’assainissement budgétaire a été plus vigoureux que prévu sont aussi ceux ou la croissance a été inférieure aux prévisions, mais ce constat ne vaut que pour certaines années, et seulement lorsque la Grèce est prise en compte. L’hypothèse réitérée selon laquelle la crise de la zone euro allait s’estomper au fil du temps et les écarts de rendement des obligations souveraines se resserrer a constitué une source d’erreur plus importante.

A cet égard, « l’OCDE n’ a pas sous-estimé les multiplicateurs budgétaires » selon M. Padoan .

En résumé, le bilan dressé à la suite de la crise a entraîné plusieurs changements dans les méthodes d’établissement et de communication des prévisions, à l’OCDE comme dans les autres institutions de prévision.

Saluons ici cet examen des performances en matière de prévision qui s’intègre dans le cadre plus large des efforts déployés par l’OCDE pour mieux comprendre la crise mondiale et s’en inspirer afin de définir de nouvelles approches faces aux défis économiques.

 

Source : « Prévisions de l’OCDE pendant et après la crise financière : un post mortem » Note de politique économique du département des affaires économiques de l’OCDE, No. 23 février 2014.

Philippe-Henri LATIMIER, Ph.D.   – Publisher & Executive Editor – www.conversationprivee.com/ www.off-the-recordmessaging.com - Membre du Comité de Rédaction de LA LETTRE DIPLOMATIQUE – www.lalettrediplomatique.fr

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