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La démocratie des élites…

L’idée s’est imposée à mon esprit que pour comprendre tant le mode de fonctionnement intellectuel que le secret de la réussite sociale en France, il est préférable d’avoir lu très jeune « les grands auteurs »…Et même si je m’en étonne encore, il convient de prendre la mesure que la société contemporaine française reste au-delà de tous les mythes républicains, le pays fondamentalement de « l’écart-type » intellectuel et social.

Le pays -par excellence- ou il est aisé d’établir une corrélation entre résultats scolaires et ascension professionnelle et sociale.Il est en effet piquant de constater qu’aujourd’hui plus que jamais et sans forcer le trait de la critique, l’existence d’un rapport de force quasi omniprésent et classificatoire quand il n’est pas condescendant entre deux catégories de français, que tout dans l’ordre social finit par opposer :

D’un coté, nous trouvons ceux de nos concitoyens et concitoyennes issus d’une poignée de très Grandes Ecoles institutionnalisées telles l’ENA, POLYTECHNIQUE et l’Ecole Normale Supérieure, qui disposent d’une panoplie de pouvoirs économiques, bureaucratiques et surtout intellectuels.

Une caste à part aux mérites scolaires au-delà de la moyenne ; une caste quelque part héritière structurale et parfois généalogique de la « noblesse de robe », qui pour se construire comme telle, contre d’autres espèces de pouvoirs et notamment celui des « classes moyennes » a su construire l’Etat moderne et technocratique ainsi que le monde économique contemporain.

Un Etat que l’on sait porté par les grands corps de la République, eux-mêmes adossés aux puissants lobbies de la Haute Finance et de la Banque, ceux de l’Industrie, des medias et de la communication. Et, naturellement celui des Sciences et de l’Enseignement supérieur.

Globalement, un groupe social au ton dissertatif assez peu imitable car capable de gagner à l’échelle planétaire le respect des esprits sérieux et bien formés.

Et au final, un groupe conscient que la dialectique des chances et les déterminismes sociaux se jouent dès l’école.

De l’autre, nous trouvons à des degrés certes divers et variés les représentants d’une France scolarisée d’une autre facture que la précédente.

Une France, disons-le, infiniment moins « fertile » et audacieuse intellectuellement.

Une France sans doute aussi moins attachée à l’institution scolaire d’excellence et quoiqu’il en soit bien moins préparée à son modèle.

Une France curieusement plus réfractaire et suspicieuse à l’égard de la méritocratie.

Une France, pour dire les choses autrement et sans l’humilier pour autant, souvent moins « éclairée » et qui voit souvent moins vite et moins loin que la première.

Et à bien des égards plus revendicatrice et probablement plus dilettante aussi que notre élite et qui n’a pas toujours compris combien l’école de la République était à la fois « libératrice » en même temps qu’elle constituait le meilleur vecteur d’intégration sociale.

Une France, en définitive, plus désenchantée aussi et moins soucieuse de faire passer ses ambitions professionnelles avant les exigences propres de la vie personnelle.

Du coup, de la première catégorie sont issus les hommes et les femmes qui en France grâce a leur dignité scolaire et académique échappent souvent à l’anonymat du système et donnent l’impression de franchir avec une apparente facilité les seuils de l’escalier social en même temps -qu’ils ou qu’elles finissent- par attirer un jour de gloire les projecteurs de l’actualité.

Et qui organisés en véritable caste se reproduisent d’une génération à l’autre d’abord grâce au transfert de la connaissance, de l’érudition et du savoir.

Et ensuite, grâce à la magie sociale de la cooptation : les deux « mamelles » congénitales qui nourrissent avantageusement leur itinéraire professionnel.

De la seconde catégorie, sont issus –naturellement- le plus grand nombre d’entre nous avec parfois des réussites peu prévisibles prouvant que certains talents les moins décelables de prime abord, les moins consacrés par les diplômes à forte valeur ajoutée sociale, n’attendent que des occasions propices, des défis exaltants, pour donner toute leur mesure.

Bien entendu, on se gardera en la matière, des généralités et de l’usage intensif des raccourcis intellectuels.

Mais tout de même…. ! : Quelle distance entre les aboutissements et destinées à partir d’une même ligne de départ via l’école « communale » entre nos deux différents mondes sociaux !

Que n’a-t-on pas déjà écrit sur le rôle de l’institution scolaire et de l’excellence scolaire dans la vérité de ses usages sociaux, c’est-à-dire comme un des fondements fétichistes de la domination et de la légitimation de la domination !

Que n’a-t-on pas déjà écrit aussi sur le rôle de nos très grandes écoles et l’esprit de corps s’agissant des chances de socialisation réussie !

En France, on doit à la vérité de rappeler que près de 50% des 900 dirigeants du CAC 40 sont issus des 3 écoles de l’élite les plus selectes.

Alors, écoliers et écolières de France : qu’on se le dise dans la cour de récréation !

Eteignez le téléviseur de vos parents, et vite à vos « pupitres » !

PHLDUCX