AIX

LA DECLARATION DES 12 EMES RENCONTRES ECONOMIQUES D’AIX-EN-PROVENCE : 6,7 ET 8 JUILLET 2012.

Et si le Soleil se levait aussi à l’Ouest ?

 La nouvelle dynamique mondiale

5 juillet 2012

 A l’heure où l’extrême incertitude sur les marchés financiers prolonge les soubresauts d’une crise prétendument passagère en une récession durable pour toutes les zones économiques, la question du leadership mondial n’a jamais été aussi ouverte.

Même si la crise trouve son origine dans les arcanes de la finance occidentale, il n’est pas pour autant écrit que les pays émergents poursuivent une inexorable montée en puissance, marginalisant ainsi les pays de l’OCDE.

La démarche de ces 12e Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence consiste à aller repérer dans l’histoire économique, ainsi que dans l’analyse systématique des atouts actuels de chacun, un éclairage sur le destin long terme des pays développés.

Rien n’est écrit, rien n’est joué.

La Chine s’est éveillée, mais pour autant rien n’est moins sûr que le déclin inexorable de l’Occident.

Refusant de céder au déclinisme ambiant, ces trois journées de réflexion se donnent pour objectif d’imaginer un avenir positif mais réaliste pour les pays de l’OCDE.

I. Le destin de l’Occident n’est pas écrit

A. Refuser de céder au déclinisme ambiant.

 Le rattrapage économique de certains pays émergents et le contraste entre leurs taux de croissance parfois spectaculaires et la morosité des pays de l’OCDE indiquent-ils un inévitable basculement du centre de gravité mondial vers l’Est ?

Ou peut-on penser que l‘Occident sera plus à même que l’Orient de capter la prochaine vague de progrès technique ? Les arguments en faveur d’un redémarrage des pays de l’OCDE ne manquent pas.

Adoptons une perspective historique plus longue, à la façon de David Landes dans Richesse et Pauvreté des Nations (1998).

Cette fresque historique exhaustive illustre à quel point les déterminismes naturels et humains, notamment géographiques et culturels, contribuent de façon majeure au développement économique.

Le climat tempéré, les racines historico-religieuses et la tradition de politique plurielle expliquent, d’après lui, une grande part du succès occidental.

Que l’on croie ou non aux thèses déterministes défendues par Landes et qui ont reçu un récent support économétrique (Tabellini), force est de constater que les atouts des pays développés, qui en ont fait une force motrice du progrès économique et de la modernité, n’ont pas disparu.

Même si les pays émergents ont connu des taux de croissance très dynamiques lors de la phase de rattrapage, la deuxième phase de développement, qui requiert des salariés plus qualifiés et des systèmes financiers fiables et efficaces, est toujours plus lente.

La croissance de la productivité se ralentit à mesure que l’on se rapproche de la frontière technologique, et les stratégies économiques doivent être parfois réorientées.

Ainsi la Chine s’approche d’un seuil où elle va devoir se concentrer davantage sur les industries de consommation tandis que le Brésil fait face au défi inverse, à savoir un manque d’investissement et d’infrastructures, l’Inde se situe quant à elle un peu à mi-chemin entre ces deux cas de figure.

Par ailleurs, la flambée des prix alimentaires va peser sur les pays en développement, tandis que les Etats-Unis vont renforcer leur position d’exportateur de produits agricoles et alimentaires.

Ces défis illustrent à quel point ni l’Histoire ni le développement économique ne suivent des trajectoires linéaires.

B. Institutions et politique, au cœur du succès économique

Mais c’est surtout le cadre institutionnel, clef du succès occidental passé, qui est porteur d’espoir pour les pays de l’OCDE.

Le dernier opus de Daron Acemoglu et James Robinson Why Nations Fail (2012) démontre l’extrême persistance de l’impact des institutions sur la croissance d’un pays, par leur effet sur les incitations individuelles. Invoquant aussi bien l’expérience du régime de Staline, de la révolution néolithique que de la civilisation maya, Acemoglu et Robinson avancent que la croissance fondée sur des institutions extractives n’est pas soutenable sur le long terme.

Cela permet d’émettre quelques doutes sur la capacité de la Chine à soutenir la croissance telle qu’elle la connaît aujourd’hui. Inversement, la Révolution Industrielle du XIXe en Grande-Bretagne peut être en partie expliquée par les réformes institutionnelles du XVIIe, qui ont catalysé le développement financier, l’esprit de commerce et d’entreprendre.

La lecture institutionnelle permet d’expliquer également les origines du sous-développement dans les pays anciennement colonisés. Selon Acemoglu et Robinson, la plupart des tentatives d’aide au développement ont échoué car elles n’ont pas explicitement bâti des institutions qui assurent l’Etat de Droit, incitent à l’entreprenariat et facilitent l’émergence d’une société de la connaissance.

Cette explication institutionnelle de la croissance n’est en rien déterministe.

Pour preuve la capacité du Japon à subjuguer ses faiblesses comme l’étroitesse de son territoire.

Certaines trajectoires institutionnelles sont porteuses de croissance mais à hauts risques, comme l’illustre l’excès de confiance qui a sous-tendu l’explosion des tigres asiatiques.

Au contraire, la plupart des pays occidentaux ont su appliquer une théorie raisonnée des avantages comparatifs, incluant une dose de protectionnisme favorable à la protection de l’innovation.

En garantissant l’autonomie de la recherche intellectuelle tout en stimulant la recherche appliquée, le savoir a fait la richesse de l’Europe.

Ce sont aussi les institutions qui peuvent surmonter la persistance des anciennes technologies et ainsi assurer une forme de destruction créatrice. Les institutions peuvent aider à préserver des rentes de monopole pour inciter à l’investissement dans la recherche, sans pour autant dissuader l’entrée et les forces de la concurrence.

Application symptomatique de cette théorie institutionnelle, la constitution européenne est arrivée à un carrefour de son histoire où les choix d’aujourd’hui impliquent demain la prospérité ou le déclin du continent.

Comme Habermas le souligne dans La Constitution de l’Europe (2011), la crise financière a impliqué la banqueroute et la socialisation des pertes, et donc la faillite de la justice sociale.

 Pour Habermas, l’intégration fiscale, comme nouvelle étape de la construction, est indispensable, tout comme les incitations à la croissance doivent compléter la discipline budgétaire.

Le cadre institutionnel ne sera robuste que si un gouvernement économique se met en place, et que le législatif est associé au renforcement de l’exécutif. De telles institutions seront plus à même de faire émerger le démos européen et de combattre l’indifférence des citoyens à l’égard de l’appareil technocratique actuel.

Cela dit, même si la semi-integration actuelle demeure trop tiède et que l’Union Européenne est incontestablement en crise, elle a tout de même su faire preuve d’une résilience certaine : l’Allemagne a fini par venir en aide à la Grèce, la Banque Centrale Européenne a pris des mesures hétérodoxes pragmatiques.

Au final, non seulement l’économie mais aussi la sociologie, la psychologie, la géographie jouent un rôle dans le développement de long terme. En dépit du consensus de Washington, la politique économique est loin d’être neutre, que ce soit sur le long terme ou via les politiques de transition à court terme.

II. L’ambition d’Aix 2012 : décrypter le présent afin d’imaginer un rebond pour les pays de l’OCDE .

Les 12e Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence analysent méthodiquement les forces, à la fois micro et macroéconomiques, à l’œuvre dans la nouvelle dynamique mondiale.

La demi-journée du vendredi s’interroge sur l’avenir des pays occidentaux compte tenu des quatre grandes sources d’incertitude que sont : – Les déséquilibres mondiaux (session 0), qui trouvent leur origine dans l’extrême hétérogénéité de l’économie mondiale, – Les évolutions démographiques, et notamment le vieillissement des populations occidentales (session 1), – les déséquilibres financiers et la direction des flux de capitaux guidés par des comportements hétérogènes d’épargne public et privée (session 3), – et la captation de la prochaine vague de progrès technique, la division internationale du travail, les délocalisations/relocalisations ainsi que les déséquilibres commerciaux qui en résulteront (session 2).

L’avenir des pays de l’OCDE passe par un travail sur ces hétérogénéités, dont les déséquilibres précités ne sont que les symptômes. Une application de cette grille de lecture est bien sûr l’Europe (session 4). La compréhension de l’hétérogénéité de compétitivité et de rigidité des marchés du travail doit éclairer les décisions d’union monétaire ou fiscale, la gestion du défaut d’un Etat ou la mise en place d’une union bancaire.

La journée du samedi réfléchit plus précisément aux modalités d’une croissance durable pour les pays de l’OCDE. Sur le plan microéconomique, chaque acteur de l’économie a son rôle à jouer.

L’Etat ne peut plus être producteur mais doit être stratège, régulateur et coordonateur (session 5).

Les contraintes budgétaires rendent ce processus d’autant plus urgent. Par ses prérogatives régaliennes, elles aussi mouvantes, il doit être garant de l’Etat de Droit (session 16).

L’analyse des expériences, en particulier scandinaves, pointe vers l’optimalité d’une sphère publique plus restreinte, moins endettée, et pour autant porteuse de politiques de croissance centrées sur l’offre.

La filière énergétique a besoin de l’Etat pour impulser la transition énergétique (session 12).

Le progrès technique étant le carburant indispensable à toute croissance soutenable, assurer les conditions favorables à l’innovation et investir dans le capital humain permet de garantir que la connaissance reste, pour les pays de l’OCDE, un avantage comparatif (session 11 et 10).

 L’Occident a besoin de Schumpeter et moins de Keynes.

La politique agricole (session 13) doit être adaptée aux nouvelles contraintes environnementales et de rareté des ressources.

De même, la régulation doit être adaptée à la finance moderne et à la gestion du risque systémique (session 7).

Les entreprises, vecteurs de la création de valeur, doivent jouer un rôle coopératif dans la redynamisation des pays de la triade (session 6 et débat 2).

Il est indispensable de décentraliser les décisions de politique de l’offre vers les entreprises, de promouvoir une implication forte des stakeholders pour assurer que les intérêts particuliers s’alignent sur l’intérêt général.

En retour, l’Etat doit garantir le cadre légal de la relance privée et du dialogue social.

Aux cotés de l’Etat et des entreprises, la société civile devient un acteur économique majeur, par sa consommation, son épargne, ses choix de vie et son implication dans les débats de société (session 8, 14 et 15).

 Le dimanche matin imaginera les contours d’un nouvel équilibre mondial qui laisserait toute sa place aux Etats-Unis, à l’Union Européenne et au Japon (session 19).

La compréhension des relations ‘micro’ et multilatérales doivent éclairer la vision d’ensemble et la grande politique (session 18). Dans le nouvel équilibre qui émerge, quelle place pour l’Europe aujourd’hui et demain (débat 4) ?

L’ambition de l’Europe reste à concevoir (session 17), c’est tout l’enjeu des réformes institutionnelles actuellement discutées.

Au delà du continent, est-ce que la relation Europe / Etats-Unis a encore un sens (débat 3) ?

Quel degré optimal de coopération, quel rôle pour les différents acteurs de l’interdépendance internationale (institutions, entreprises, banques transfrontalières) (session 9 et débat 1) ?

III. 13 Recommandations

 Mobiliser le potentiel de rebond de l’OCDE requiert une politique économique adaptée à la zone et aux défis de l’époque.

A l’issue des Rencontres qui ont permis de révéler les bonnes pratiques de chaque pays, le Cercle formule 13 recommandations qui ont toutes pour ambition de redonner aux pays développés la capacité de générer une croissance durable et un statut d’acteur clef dans la nouvelle dynamique mondiale.

Le rebond économique des pays de l’OCDE exige de – s’adapter aux évolutions démographiques – accompagner la transition énergétique – garantir la stabilité financière par des politiques macroéconomiques réalistes – optimiser le partage des risques entre le public et le privé afin de orienter l’épargne vers les investissements de long terme – accentuer la coopération au sein de la triade – réaffirmer le rôle de nos pays par rapport au reste du monde.

 Deux lignes directrices nous guident : articuler une politique de l’offre avec nos modèles spécifiques de développement et agir pour capter la prochaine vague de progrès technique, en dépit du principe de précaution.

 Quelle direction pour les pays de l’OCDE ?

 Favoriser les secteurs qui répondent aux défis que rencontrent nos modèles occidentaux

1. Pour une nouvelle politique de l’offre : innovation et ré industrialisation dans les secteurs qui s’appuient sur nos propres modèles de développement.

 A l’heure du désendettement global, les Etats ne disposent plus d’aucune marge de manœuvre budgétaire.

De même, les ménages réduisent drastiquement leurs dépenses à crédit.

Les seuls acteurs capables de porter une nouvelle dynamique de croissance sont donc les entreprises. Les puissances publiques conservent les clefs du succès de cette nouvelle dynamique par la réglementation et les incitations. – Comprendre que les secteurs porteurs seront ceux qui répondent à nos besoins spécifiques.

Penser à de nouveaux modes de consommation : économie de réseau et de partage (réseaux sociaux, autolib’), car les secteurs dont on stimule la production doivent correspondre à une demande. – L’Etat stratège doit promouvoir l’investissement en recherche et R&D, même s’il est contraint financièrement (les frictions sur le marché du crédit pour le capital risque étant encore plus aigues).

Il pourra pour cela s’appuyer sur les moyens de la Banque Publique d’Investissement.

2. Redéfinir les avantages comparatifs des pays de l’OCDE – Investir dans les secteurs d’activité susceptibles de rééquilibrer les balances commerciales : la nouvelle politique de l’offre doit être ciblée sur les secteurs concurrentiels et exposés aux échanges (secteurs à fort contenu technologique pour les pays a la frontière et services touristiques ou dédiés au commerce pour les autres).

Cette démarche n’est pas antagonique avec le respect des forces de la concurrence. – Développer les avantages comparatifs locaux, afin de créer des activités non délocalisables. Laisser l’initiative aux territoires et pôles de compétitivités pour créer une dynamique locale.

3.Accompagner la transition énergétique La transition énergétique inéluctable fait de l’énergie un secteur d’avenir, non seulement pour la production mais aussi pour la consommation. – Pour une politique énergétique européenne qui accompagne la transition énergétique : coordonner les investissements pour créer une complémentarité entre les différents parcs de production. – Se donner les moyens d’une indépendance énergétique en explorant des pistes non conventionnelles comme le gaz de schiste. – Inciter par des mesures fiscales une consommation énergétique intelligente (isolation de l’habitat, smart-grids).

4. Accompagner la transition démographique S’inspirer des bonnes pratiques dans les différents pays de l’OCDE. – Adapter le marché de l’emploi aux évolutions démographiques: • Flexisécurité à la danoise et faire en sorte que l’entrée des jeunes sur le marché du travail se fasse dans des conditions acceptables. • Rendre le système de retraite plus transparent, fondé sur un système par points, sans occulter que l’âge de la retraite devra reculer sauf pour les travaux pénibles. – Défendre la politique familiale française. – Promouvoir une politique d’immigration active et choisie à l’américaine : face au vieillissement de leurs populations, les pays occidentaux n’ont pas vraiment d’autre choix que de mener une politique d’immigration assumée.

Contrairement aux idées reçues, du fait de la structure par âge de la population immigrée (avec une surreprésentation de la population en âge de travailler), leur contribution nette aux finances publiques de l’Etat français s’avère positive. – Favoriser les transferts intergénérationnels pour soutenir la consommation et l’esprit d’entreprise des plus jeunes. – Faire du secteur de la santé un atout compétitif.

5. Créer un écosystème de la connaissance et de l’innovation Pour une économie sur la frontière technologique, la politique de l’offre doit viser l’innovation au détriment de l’imitation.

Il s’agit d’épouser la division internationale du travail, non pas en défendant les emplois de l’économie de rattrapage mais ceux de l’économie de la connaissance et de l’innovation. – Favoriser l’enseignement de 3ème cycle avec la constitution de pôles d’excellence ayant une masse critique et des ressources suffisantes pour attirer des chercheurs et des étudiants du monde entier et créer ainsi les conditions d’émergence des idées de demain, sans pour autant négliger l’éducation primaire. – Les innovations organisationnelles sont elles aussi porteuses de croissance. Le progrès technique ne fait pas tout, la croissance est aussi endogène. Optimiser le partage des risques pour assurer la stabilité financière et le financement des investissements de long terme

6. Gestion de crise : découpler le risque financier du risque souverain Le pacte scellé dans les années 1980, entre un Etat dérégulant les marchés et les banquiers qui en retour financent le déficit public (permettant aux puissances publiques d’éviter de trancher dans les arbitrages), a volé en éclats.

Ces deux protagonistes n’ont plus la même échelle de temps, le politique n’ayant pas suivi le raccourcissement du temps financier, et une méfiance réciproque s’est installée. La gestion de crise nécessite de redoubler d’ingéniosité technique pour combattre la défiance, les phénomènes de panique, et éviter ainsi l’éclatement (eurobills, ESBies, gestion de la crise de liquidité par la BCE). – Eurobills : mutualiser partiellement les dettes publiques.

La proposition des eurobills (mutualiser les obligations nationales de court terme) est la plus à même de restaurer la liquidité sur les marchés de la dette souveraine. – Fonds d’amortissement : comme la totalité de la dette publique ne peut être mutualisée en une obligation sans risque, la création d’un fonds d’amortissement pour les tranches junior serait crédible s’il est accompagné d’une discipline budgétaire contrôlée au niveau fédéral. – Code des faillites souveraines pour permettre la faillite ordonnée d’un pays membre.

C’est l’éventualité d’un armaggedon financier déclenché par une faillite désordonnée qui gangrène le dossier grec.

7. Mettre la finance au service de l’économie réelle Le vrai challenge est le financement de long terme de l’économie réelle. Les économies n’ont pas besoin du même type de financement, en fonction de leur degré de développement.

Les économies proches de la frontière doivent miser sur l’innovation disruptive et ont besoin de financement en fonds propres.

 Au contraire, les économies de rattrapage ont plus besoin de financement bancaire et de dette. – La finance moderne désintermédiée est adaptée au financement d’une économie de la connaissance (gestion accrue des risques), mais nécessite une régulation plus dynamique.

Par exemple Bâle III asphyxie le financement en fonds propres, et l’excès de régulation oriente les fonds vers la finance de l’ombre non régulée. – Remettre à plat la politique fiscale de l’épargne et créer des véhicules financiers adéquats pour canaliser l’épargne vers le long terme et les activités risquées (“project bonds”). – Certains pays comme la France souffrent d’un déficit de capital risque et de Venture Capital. Le financement bancaire traditionnel est plus adapté aux économies de rattrapage. – Augmenter le capital de la Banque Européenne d’Investissement de 10 milliards d’euros pour qu’elle puisse prêter davantage pour les investissements en R&D et en infrastructures et dans les PME sans dégrader la qualité de sa signature et faire monter les taux d’intérêt.

8. Stabiliser le système financier européen Mettre en place l’union bancaire annoncée au Sommet européen du 29 juin.

Cette union bancaire doit prendre la forme d’une supervision unifiée et d’une autorité de résolution, qui ne peut compter sur l’European Banking Agency, basée à Londres. – L’autorité de supervision pourra être adossée à la BCE, pour combiner à bon escient les missions de politique monétaire et de stabilité financière. – L’autorité de résolution bancaire devra quant à elle être distincte, sous peine de remettre en cause l’indépendance de la BCE. Une solution européenne peut s’inspirer du FDIC américain, organisme de gestion des faillites bancaires financé par une taxe sur les institutions financières couvertes.

9. Eviter à tout prix que le désendettement ne conduise à une spirale déflationniste Les ratios de dette sur revenus atteints rendent le processus de désendettement inéluctable. Néanmoins celui-ci sera plus ou moins douloureux selon la rapidité de la réduction de la dette, le degré d’austérité ou de monétisation de la dette, ainsi que la redistribution vers les faibles revenus. – En temps de crise, une politique monétaire non conventionnelle peut permettre de concilier stabilité des prix et desserrement des contraintes sur le marché du crédit (credit easing).

 Progressivement, les missions de la BCE pourraient se rapprocher du mandat dual de la FED. – Après la crise, un relèvement de la cible d’inflation permettrait de s’éloigner durablement de la trappe à liquidité. Accroitre la coopération au sein de l’OCDE

10. Avancer l’agenda politique européen par une union fiscale et une union politique Au-delà des difficultés techniques, la crise de l’euro vient avant tout d’un déficit politique.

Le projet d’union bancaire issu du sommet du 29 juin n’est viable que s’il s’accompagne d’union fiscale et d’un pouvoir exécutif européen crédible. – Une discipline budgétaire supervisée par Bruxelles, corollaire de la mutualisation partielle des dettes, au travers de mécanismes de coordination budgétaire tels que le « semestre européen ». – Créer un impôt européen afin d’aider les pays en difficulté à retrouver une bonne trajectoire (de l’ordre de 3-4% du PIB de l’Union).

11. Promouvoir une coopération accrue au sein de la triade C’est aujourd’hui l’Europe le point le plus fragile, c’était hier le Japon et demain qui sait peut être les Etats-Unis. – Des politiques de solidarité et de retour d’expériences permettraient aux différents pays de l’Occident de tirer parti des succès et échecs passés. – En particulier, l’expérience de la « décennie perdue » au Japon nous éclaire sur les risques d’une trappe à liquidité et d’un désendettement incontrôlé. Comment garantir aux pays de l’OCDE une place pérenne dans le nouvel équilibre mondial

12. Remettre la définition de valeurs au cœur du dialogue international L’interdépendance croissante des économies facilite la diffusion du progrès technique mais crée des vulnérabilités aux phénomènes de contagion. – Distinguer les sujets de court terme qui requièrent des solutions rapides et souvent techniques, des sujets de long terme tels que les risques écologiques.

Ceux-ci impliquent une réaffirmation des valeurs sur lesquelles la coopération mondiale peut se fonder et dans cet esprit une participation accrue de la société civile aux débats d’idées. – Les pays de l’OCDE peuvent insuffler un retour de la grande politique au G20 : affirmer les valeurs sur lesquelles devrait reposer la gouvernance mondiale (solidarité, respect de la différence) et les façons de les préserver ou de les approfondir.

13. Pour des relations Nord-Sud équilibrées Comment concilier la dynamique de développement des pays émergents et le rebond des pays de l’OCDE ? Comment créer les conditions de négociations équilibrées fondées sur la réciprocité ? – Harmoniser la politique de brevets entre les pays pour garantir en amont des incitations durables à l’innovation.

Une protection temporaire et limitée du savoir technologique permet d’éviter une désindustrialisation liée aux transferts sans contrepartie. – Remettre les taux de change au cœur des discussions internationales du G20 et de l’OMC. On ne peut nier que la guerre des monnaies est déclarée et que le G20 doit être le lieu de négociations équilibrées entre les différentes zones monétaires. – Maintenir les relations privilégiées avec le continent africain, grand gagnant des évolutions démographiques et qui, de par son histoire, a des liens particuliers avec l’Europe. – Nouer des coopérations bilatérales, inter-pays et public-privé autour de « grands objectifs » (par exemple la sécurité alimentaire) et pas seulement pour l’exploitation d’infrastructures.

SOURCE : DECLARATION AIX LE CERCLE DES ECONOMISTES – LES RENCONTRES ECONOMIQUES D’AIX EN PROVENCE – 6, 7 ET 8 JUILLET 2012.

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