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« CAPITALISME : UN DIEU SANS BIBLE »* ?…

Au-delà de la simple question de la « constitutionnalité » qu’une telle mesure pose,  la récente proposition de subordonner le versement de dividendes aux actionnaires à l’attribution d’une prime initialement fixée à 1000 euros aux salariés des entreprises qui en distribuent , en dit long sur les  dérives  du prétendu libéralisme économique à la française.

Le principe d’une telle prime interpelle en effet quant aux postures et autres arrangements  sociaux dont on est prêt à s’accommoder au pays « d’Amélie  Poulain » s’agissant ici du partage de la « valeur ajoutée » : un peu comme si on voulait  maintenir à tout prix un semblant  de dialogue  dans une économie ou la croissance risque d’être durablement  atone ou presque !? On doit à la vérité de rappeler que les entreprises françaises  distribueront cette année un peu plus de 70 milliards d’euros de dividendes dont  les 2/3  proviennent des sociétés cotées au CAC 40.

Vous connaissez bien leur nom : MICHELIN, SOCIETE GENERALE, TECHNIP, SCNEIDER ELECTRIC, LVMH, CAPGEMINI, SUEZ, DANONE, TOTAL, AIR LIQUIDE…

Ce montant peut paraître astronomique à priori et choquer quelque peu  les consciences en ces temps de  « vaches maigres » alors que la croissance piétine. En réalité, à y regarder de plus près, il n’a rien d’exceptionnel car il correspond à peine à 50 % des bénéfices engrangés. Quant au solde, il est tout simplement « mis en réserve » par le truchement du report à nouveau comme vous l’expliquerait n’importe quel comptable. En outre, il faut aussi rappeler que si les grands groupes affichent de bons résultats, les petites entreprises quant à elles ont une santé fragile.

L’écart de productivité que traduit le ratio valeur ajoutée sur l’effectif  est de 74,3 pour les grandes entreprises contre seulement 50,8 pour les PME. Du coup, ce qui étonne vraiment, c’est  le montant des réserves consolidées des entreprises du CAC 40 qui parfois dépassent leur endettement long-terme : voilà du jamais vu…. une performance que personne n’a osé souligner à ce stade tant elle indisposerait les salariés et mettraient en difficulté surtout les états-majors !

Autre façon de dire la même chose et ce au risque de choquer le lecteur : ce n’est pas 40 milliards d’euros que les entreprises du CAC 40 auraient pu distribuer cette année mais bien le double….si elles n’avaient pas jugé opportun et souhaitable de continuer à se fabriquer des fonds propres  comme elles le font depuis des années grâce à l’effet mécaniste du report à nouveau précité. Et le plus souvent à la demande  insistannte de leurs banquiers. 

Vous aurez donc compris que sur les dix dernières années, les fleurons du CAC 40 ont fait montre d’une capacité bénéficiaire globalement insolente…que ne reflète pas toujours  leur politique de distribution de dividendes.

Alors, qui sont les « dindons » de la farce ? …Pourtant,  même si l’on est convaincu qu’il faut « moraliser » le système  capitaliste, encore faut-il tout de même se rappeler que les dividendes sont là pour rémunérer le risque des apporteurs de capitaux en marge de toute possibilité de valorisation de leurs titres sur le marché aujourd’hui plus qu’aléatoire lorsque le CAC passe de 3600 points à 3000 en quelques jours…

Aussi, il faut rappeler ici que les entreprises n’ont aucune obligation contractuelle de quelque nature que ce soit s’agissant du versement de dividendes quand bien même le niveau de leurs résultats  le justifierait.

L’équation est donc simple : pas d’actionnaires pas d’investissements autres que ceux financés  par la dette financière classique ou obligataire. Et  quand l’endettement est excessif, l’effet de levier l’est également et on sait ou cela peut mener ! Ajoutons pour mieux se faire comprendre de tous que ces derniers temps les banquiers n’étaient pas très « chauds » pour prêter des « sous »…en raison de la crise des  « subprimes » et des effets pervers du génome de la finance sur leur « solvabilité » et  leur liquidité, désormais globalement reconstituées. 

Du coup, il conviendrait d’arrêter d’instruire ce procès en sorcellerie contre les actionnaires que tous les gens sérieux  tiennent pour indispensables s’agissant du bon fonctionnement des marchés. En revanche, il n’est pas faux de dire que  la proposition d’accorder de manière quasi autoritaire voire autocratique « une prime contre dividendes » a heurté sur le principe même les consciences d’un bien grand nombre de protagonistes.

Il n’est pas déraisonnable de prétendre non plus qu’elle a ébranlé les certitudes du marché, persuadé jusqu’ici que les entreprises appartenaient aux actionnaires ? …Et  pas aux salariés !…

En même temps, tout porte à croire que cette contrainte de prime risque maintenant qu’elle va être mise en application, d’incarner le symbole d’une politique « égalisatrice » jusque dans ses excès avec le risque de faire monter d’un cran la tension entre salariés et actionnaires : la théorie de l’agence, vous savez ? Voilà une surenchère périlleuse qui risque selon nous de miner les fondements du capitalisme et de l’ordre social.

Une radicalité qui pourrait s’emparer rapidement des relations et rapports de force entre deux catégories d’acteurs qui ne doivent ni se jalouser ni s’opposer car leurs attributions sont différentes et complémentaires. Et ce d’autant  que rien n’interdit quand on est salarié d’être également actionnaire de l’entreprise pour laquelle on vend sa  « force travail »  et aliène son temps, aussi…comme l’auraient sans doute écrit ici Marx et Proudhon.

 Alors, finissons-en avec ces clivages archaïques et ces relents d’incandescence (faussement) révolutionnaire et sociale. Que je sache, il n’est pas question ici d’abolition de droits « féodaux » et de distribution de secours aux pauvres !?Tout cela n’est que démagogie et propagande d’un autre âge ! 

La « confiscation » du profit par le peuple, c’est de l’histoire ancienne même s’il ne faut pas croire pour autant qu’en France les mentalités aient changé ni depuis l’ancien régime ni depuis le XIX° siècle. A qui la faute me direz-vous ? …La France, même quand elle en a eu l’occasion  n’a jamais vraiment su ou voulu s’imposer comme un pays libéral au plan économique.

Le débat, certes n’est pas clos mais la question de cette prime  qui fait scandale au Medef est à tout le moins  mal posée. Toutefois, qu’on se le dise : ce n’est pas en diabolisant les actionnaires que l’on va pacifier la vie en entreprise ou améliorer la condition des salariés dont le pouvoir d’achat végète. Bien au contraire ! : Nous préconisons ici la cohésion communautaire. Et pour slogan : « Salariés, Actionnaires, même combat »!  Le combat de l’audace, de l’engagement réciproque, de l’innovation et de la productivité ! Celui de l’unité conquérante, aussi !

Bref, ne cédons pas à cette pratique qui consiste à faire des actionnaires les boucs émissaires responsables de la « misère » des salariés : ce raccourci intellectuel est malhonnête  et déviant ! 

Et  doit du coup être banni  de l’arsenal de nos gouvernants. Il faut en revanche réintégrer l’actionnaire dans le corps social afin de créer les conditions psychologiques d’un vrai capitalisme populaire ou chacun viendrait chercher à sa guise, salaires et dividendes ! Au final,  n’acceptons jamais que l’Etat s’immisce à ce point dans la politique salariale des entreprises sauf à vouloir tuer tant l’esprit d’entreprendre que l’esprit d’entreprise qui nous manquent déjà singulièrement en France !

Répétons-le, il ne s’agit pas de nier l’importance du problème de la stagnation du pouvoir d’achat des salariés qui est réel. Mais tout doit se jouer dans le cadre de la réalité communautaire entre technostructure d’une part et salariés d’autre part ou chacun doit trouver sa place. Si les salariés sont mécontents de leur sort et qu’ils s’estiment ne pas être traités à la mesure des services rendus  qu’ils usent de leur droit de grève.

Ce n’est pas aux politiques d’intervenir au risque  de remettre en cause cet ordre fragile. Et  tant pis pour la technostructure si celle-ci souffre de myopie intellectuelle. La rue se chargera une fois encore de lui ouvrir les yeux ! Et çelà coûtera bien plus cher à la nation que la centaine d’euros par salarié que les entreprises devront décaisser !….

Pour conclure et afin que le lecteur puisse se forger une opinion sur le sujet, nous lui suggérons ici un peu de lecture. Et notamment l’ouvrage de Jean-Michel SAUSSOIS,  intitulé «  Capitalisme, un dieu sans Bible »* et publié aux éditions Le Cavalier Bleu www.lecavalierbleu.com

Un excellent ouvrage sur les idées reçues sur le modèle économique dominant (ISBN : 978-2-84670-369-7)  écrit par un confrère, diplômé HEC et Docteur en sociologie, bien connu pour ses recherches sur l’organisation des rapports entre l’Etat et les entreprises.

PHLDUCX