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BENOIT THERY, PRESIDENT DE TIM CONSULTANTS – CABINET DE CONSEIL EN GEOPOLITIQUE DES RESSOURCES HUMAINES – REVIENT POUR WWW.CONVERSATIONPRIVEE.COM SUR LA QUESTION DE LA CONSECRATION DES CHAINES DE VALEURS MONDIALES DEBATTUE LORS DU 14EME FORUM AFRIQUE.

Améliorer l’accès de l’Afrique aux chaînes de valeurs mondiales et aux marchés régionaux

C’est sur ce sujet[1] qu’un débat économique très intéressant a pris place, avec la participation notamment de quatre ministres de portefeuilles économiques de la zone UEMOA, lors du 14ème « Forum économique international sur l’Afrique », organisé le 6 octobre 2014 à Paris par le Centre de Développement de l’OCDE, en partenariat avec l’Union Africaine. L’agenda  d’ensemble du forum, « Par l’Afrique, pour l’Afrique ? Industrialisation et intégration pour une croissance inclusive », plaçait ce débat l’après-midi sous la modération de Lanre Akinola, rédacteur en chef de « This is Africa » au Financial Times.

Une synthèse par Benoît THERY, président de TIM Consultants[2]

Les analyses des ministres sont convergentes :

Moustapha Ben Barka, Ministre de l’Industrie et de la Promotion des Investissements au Mali, souligne que l’UEMOA connaît une croissance de plus de 5%, mais peu d’échanges à l’intérieur de la zone, pourtant censée promouvoir l’intégration économique. Il met aussi l’accent sur l’importance au Mali d’un secteur informel dynamique, qui pour partie se convertit à l’industrie.

Pour sa part, Mme Nialé Kaba, Ministre chargé de l’Economie et des Finances en Côte d’Ivoire, insiste sur le fort potentiel agricole de son pays (cacao, café, hévéa, noix de cajou), mais déplore que sa transformation sur place soit très limitée. Pour augmenter la valeur ajoutée du secteur, il lui importe de transformer davantage sa production pour se placer en position intermédiaire sur la chaîne de valeur agro-alimentaire. Plus globalement, le secteur industriel de la Côte d’Ivoire a pour objectif de passer de 23% à 40% du PIB en 2020 et  l’UEMOA doit le faciliter en permettant de lever des contraintes de marché.

Amadou Bâ, Ministre de l’Economie et des Finances du Sénégal, rejoint le point de vue de ses confrères : le taux de croissance est également fort au Sénégal, mais la proportion du secteur primaire (arachide ou pêche maritime) y reste trop importante, par défaut de stratégie prévisionnelle. Dès lors, la « Vision Sénégal émergent en 2035 » doit permettre d’y remédier. Si la place des télécoms est satisfaisante, il met l’accent, comme son homologue ivoirien, sur le développement nécessaire des infrastructures physiques (rail, routes, ports, énergie électrique …), qui sont d’ailleurs en partie intégrées en commun avec le Mali.

Kako Nubupko, Ministre chargé de la Prospective et de l’Evaluation des Politiques publiques au Togo et pilote de la « Vision Togo 2030 », prend le cas de la filière coton pour déplorer, lui aussi, que son taux de transformation soit resté à 3% de 2003 à 2014 au niveau sous-régional. Il en analyse les causes : une faible compétitivité (due, entre autres, à un taux de change trop élevé du franc CFA, lié à un euro trop apprécié par rapport au dollar), qui se conjugue avec un abaissement des barrières douanières pour permettre un envahissement du marché textile par les fournisseurs chinois, et enfin une mauvaise gouvernance des entreprises publiques du secteur.

 

L’Afrique avance, mais peut mieux faire : les analyses critiques d’acteurs régionaux :

Pour Mohamed El Kettani, PDG du groupe marocain Attijariwafa Bank, qui a acquis 13 banques dans 13 pays d’Afrique subsaharienne, « le continent africain avance ». Les taux de rendement interne y sont meilleurs qu’ailleurs pour les investisseurs, mais les Etats doivent être davantage facilitateurs, avec moins de contraintes bureaucratiques pour libérer les investissements et plus de visibilité sur le plan juridique pour les entreprises. Selon lui, le secteur informel trouve ainsi sa justification dans les carences de l’Etat. Lui aussi considère que les infrastructures en énergie électrique et en logistique routière, portuaire et ferroviaire sont le point de départ. A chaque pays ensuite de trouver sa spécialisation dans les chaînes de valeur. Et de citer trois exemples marocains d’intégration régionale selon une planification de longue durée : l’Office Chérifien des Phosphates (qui investit maintenant en commun avec le Gabon dans des usines d’engrais), le Plan « 10 millions de touristes pour 2010 » et la zone portuaire Tanger Méd qui attire nombre d’activités industrielles.

Mais pour Ayodele Odusola, Chef de la Stratégie et de l’Analyse au Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, les coûts bancaires en Afrique ont trop augmenté, la chaîne de la valeur y présente des défauts (par exemple, des bons produits, mais un mauvais emballage) et la stratégie du système éducatif n’est pas assez orientée sur le marché de l’emploi. Il recommande de développer l’intégration régionale et de tirer parti du nouveau marché des classes moyennes, tout en visant une industrialisation inclusive répondant aussi aux défis de l’exclusion et de la pauvreté.

Le débat avec la salle est revenu sur trois problèmes abordés par les orateurs :

-         l’appréciation du franc CFA, par son lien avec l’euro, influence un modèle économique en « subventionnant » les importations et en « taxant » les exportations : celles-ci sont handicapées pour la transformation industrielle, mais à l’inverse favorisées pour le tourisme.

-         l’intervention de la Chine est questionnée, mais les ministres du Sénégal et de la Côte d’Ivoire considèrent qu’elle permet le financement des infrastructures nécessaires à leur pays.

-         enfin, le « capital humain » doit être développé à tous niveaux (y compris pour l’enseignement supérieur à l’échelon régional ou sous-régional) et formé de façon à mieux répondre aux besoins de l’économie et des investissements, notamment dans le secteur industriel et grâce à des partenariats entre l’Etat et les entreprises pour la formation professionnelle.


[1]  Voir le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2014. Les chaînes de valeur mondiales et l’industrialisation de l’Afrique ».  OCDE – Centre de Développement, Banque Africaine de Développement et PNUD.

 

[2] TIM Consultants est un Cabinet de conseil en géopolitique des ressources humaines, c’est-à-dire en politiques RH adaptées à l’environnement des pays. TIM intervient de manière synergique pour les entreprises internationales et la coopération institutionnelle (cf. « Développer les RH à l’international. Pour une géopolitique des ressources humaines », par Benoît THERY, chez Dunod, 2011).

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