STANDARD AND POORS # 1

Baisse par Standard & Poor’s de la notation financière de l’Amérique : « la belle affaire » !…

Avec la répétition des crises de la dette et des crises financières depuis le début des années 80, il ne se passe pas un jour sans que l’on nous explique qu’une réglementation et une surveillance macro et micro prudentielles accrues sont cardinales pour garantir les risques souverains autant que ceux des établissements financiers.

Et ce  afin de protéger le système financier international. A l’époque, on parlait déjà de la volonté des autorités de tutelle de permettre aux pays endettés de continuer à rembourser, sinon le principal de leur dette, du moins les intérêts  et  des contreparties de ces mesures matérialisées par l’adoption par les pays endettés de plans d’assainissement de leur économie.

Et ceci,  sous la houlette du FMI. Plus proche de nous, le krach financier de 2008 lié aux crédits hypothécaires du marché immobilier américain mais surtout aux transactions sur les marchés dérivés fait prendre conscience à la planète entière de la nécessité que les établissements bancaires disposent de volants de fonds propres et de liquidités suffisants, au regard de leur exposition aux risques et notamment celui de contrepartie, pour faire face à des ondes de choc liées aux errements des marchés, à la perversion du « génome théorique » de la finance et aux carences de la régulation qui ont failli nous couter  une véritable dislocation du système financier.

Je pourrais expliquer en assez peu de mots en quoi la stabilité financière du système à l’échelle mondiale repose sur toutes les composantes de la politique économique-prudentielle, budgétaire, structurelle et monétaire, chacune dans les limites de son champ d’application et de ses finalités spécifiques. Et pourquoi elles doivent faire l’objet d’une coordination au niveau international, afin que les politiques publiques se renforcent les unes les autres, au lieu de se faire mutuellement obstacle ; mais cela paraitra peut-être inutile au lecteur. Il me suffira donc de dire que la crise de la dette américaine doit évidemment déboucher sur des propositions de durcissement des règles de finances publiques pour entraver l’expansion du crédit sans pour autant générer un effet négatif sur la croissance. Cela dit, rien n’a moins surpris les marchés que l’abaissement de la note par Standard &Poors de la dette américaine de « extrêmement bonne » à « très bonne » tant il était impossible de faire durer plus longtemps ces menteuses apparences là ou la réalité n’était plus.

Naturellement cette décision à défaut d’épouvanter les marchés est humiliante en proportion du prestige et de la capacité de rebond de l’économie américaine. Rappelons ici que la notation financière –ou rating- est un processus d’évaluation du risque attaché à un émetteur ou à l’émission d’un titre de créance qui se concrétise par une note rendue publique. C’est une technique, née aux Etats-Unis au début du XXe siècle.

On le sait, trois grandes agences anglo-saxonnes contrôlent le marché : Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch. Chaque agence a son échelle de notation qui permet de différencier les titres d’investissements et les titres spéculatifs. Du coup, nul émetteur ne peut ignorer les notes des agences de rating, mêmes les Etats qui trouvent dans  le principe d’une bonne notation la possibilité d’attirer les investisseurs tant pour toute émission nouvelle que pour le placement des titres déjà émis.

On l’a vu, ces derniers temps avec la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. Symétriquement, les investisseurs, grâce à la notation bénéficient d’une meilleure visibilité  quant au risque encouru en achetant un titre sachant qu’il existe une forte corrélation entre la notation et les conditions d’émission des titres.

S’agissant de la dette américaine, ce serait toutefois une grave erreur de croire que ce type de recommandations isolées pourraient renverser du jour au lendemain l’édifice car pour connaitre l’Amérique comme je la connais, je fais confiance aux américains pour sur ces fondements, le relever à nouveau et le bâtir plus solidement qu’il ne l’a jamais été !. Pour autant, comme l’écrivit  autrefois et avec raison Alexis de Tocqueville «  il n’y a presque pas d’affaires publiques qui ne naissent d’une taxe ou qui n’aboutissent à une taxe ». Et à cet égard, il y a fort à parier que le renchérissement des taux d’intérêt américains pénalise  le peuple américain en même temps que les investisseurs chinois. On a vu comment la Grèce vient de se lancer dans un programme d’ajustement ambitieux pour sortir de la grave crise économique qu’elle traverse en rétablissant la viabilité de ses finances publiques, en restaurant sa compétitivité et en jetant les bases d’une croissance saine et robuste à long-terme.

Il est donc permis d’avancer qu’en continuant à réduire le déficit afin de mettre un terme à l’augmentation de la dette publique, puis de l’inverser, qu’en renforçant les privatisations et la mise en valeur des actifs publics pour réduire le poids de l’endettement et le cout du service de la dette tout en stimulant la croissance, qu’en renforçant les réformes structurelles sur les marchés du travail pour améliorer la compétitivité, les autorités grecques sont capables de mener à bien les ajustements économiques fondamentaux.

Le lecteur qui connait l’Amérique  connait aussi les causes de la dette américaine ; ce serait abuser de sa patience que de les lui rappeler ici. Contentons nous ici de dire que ce que les européens peuvent faire dans ce domaine, les américains peuvent le faire aussi !

En résume, d’accord pour que la notation sécurise le marché de la dette à condition qu’elle ne soit pas en partie responsable des crises en raison du mimétisme des marchés voire des erreurs de calcul !… Et, que faut-il penser au fond de la capacité d’évaluation réelle des agences de notation ?

N’oublions pas à cet égard, pour remettre les choses en perspective,  que si la dette américaine vient de dépasser en valeur la production des Etats-Unis sur un an, encore faut-il rappeler qu’à fin 2011, la dette rapportée à la production annuelle du pays selon les perspectives du FMI s’établi à 229% pour le Japon, 152% pour la Grèce, 120% pour l’Italie, 114% pour l’Irlande, 103% pour l’Islande, 97% pour la Belgique et 87% pour la France ?

Alors pas de panique !…..Il ne s’agit que d’un ajustement à la marge…Au pire, les marchés boursiers  perdront quelques points…avant de se rétablir ensuite : « la belle affaire » ! En fait, il y a bien plus grave : le ralentissement de l’économie mondiale, par exemple comme l’indiquent les services de l’OCDE.

Et pour ce qui concerne les Agences de notation, que les marchés se montrent un peu plus critiques à leur égard plutôt que de prendre tout au pied de la lettre ! En outre, si quelqu’un détenait la vérité absolue, ça se saurait depuis longtemps…

N’oublions pas le vieil adage que tous les traders connaissent par cœur : «  An economist is an expert who will know tomorrow why the things he predicted yesterday didn’t happen today ». Du coup, s’agissant de l’Amérique, je n’ajouterai qu’un mot pour achever de me faire comprendre : « In America, we  DEFINITELY trust ! »

PHLDUCX