BANQUE DE FRANCE

Que serait la France d’aujourd’hui sans ses banquiers ni ses financiers du second empire et ses receveurs généraux des finances ?

L’histoire de France nous rappelle que c’est la Régence française qui en 1716 charge John Law de restaurer les finances du royaume plombées de manière abyssale par le règne de Louis XIV ainsi que la faillite retentissante de sa banque incapable de satisfaire les porteurs de papiers, qui , inquiets exigent la conversion de leurs titres en 1720.

L’histoire de France nous rappelle également les déconvenues des assignats, la monnaie des révolutionnaires de 1789, gagée sur les « biens nationaux » et dont les plaques de fabrication sont publiquement brisées place Vendôme, le 19 février 1796 tant ils ont perdu la confiance du public.

Elle nous rappelle enfin qu’il faut attendre l’Empire en 1803 pour que les esprits se familiarisent à la monnaie fiduciaire après la création en 1800 de la Banque de France.

Et le Second Empire illustré par le progrès industriel et le monde entreprenant de quelques banquiers parisiens pour passer de la vieille à la nouvelle banque et la mise en place d’un système bancaire français qui a perduré certes avec quelques aménagements jusqu’à nos jours.

L’application de la machine à vapeur aux chemins de fer et à la marine révolutionne les moyens de transport et assure le développement de l’industrie.

C’est l’époque de la construction du réseau ferroviaire mais aussi celle du canal de Suez, des investissements miniers et sidérurgiques, de la ville haussmannienne, des grands magasins, des premières stations balnéaires : une époque ou les innovations monétaires, bancaires et financières accompagnent le développement du capitalisme au gré de l’apparition des besoins de liquidités.

C’est une France d’entrepreneurs, celle qui construit du neuf et entre de plain-pied dans la modernité.

 

 

Ce formidable bouillonnement ne pouvait s’imposer sans banques ni banquiers…

Il a donné naissance à une véritable élite bancaire et financière, un noyau dur de personnalités remarquables, qui se décompose lui-même en trois catégories :

  • D’abord, les gérants des maisons de haute banque comme les Fould, Hottinguer, Mallet, Mirabaud, Perier, Rothschild, Neuflize, Odier, Pillet-Will, Demachy, Cahen d’Anvers, Seillière, Vernes et quelques autres qui ont laissé leur nom dans l’histoire bancaire française. Et les « patrons » de banques privées comme les Aubry, Bischoffsheim, Donon, Dutfoy, d’Erlanger, Ferrère, Grieninger, Lazard, Lévy-Crémieu, Neufville, Pescatore et Stern. Les uns comme les autres très actifs dans le mouvement des affaires de l’époque.
  • Ensuite, les dirigeants de Banques en commandite par actions comme les Béchet, Bonnard, Calley de Saint-Paul, Chabrol, Lehideux, Prost, Mirès et Tenré. Et ceux des établissements de crédit (sociétés anonymes) comme les d’Audiffret, Biesta, Delahante, Denière, Frémy, Gautier, Germiny, Pereire, Pinard, Ploeuc et Soubeyran. Certains de ces banquiers dont les trajectoires conduisent à des fortunes diverses et parfois en prison ont disparu dans un relatif silence voire dans un oubli total.
  • Enfin, troisième et dernière catégorie, l’on trouve parmi notre « club » très sélecte, les représentants de quelques autres métiers de l’argent comme les Bartholony, Cibiel, Delahante, Dreyfus, Frère, Galliera, Lafond, Salvador, et Talabot dans le Négoce et l’Administration des sociétés.

Les Gourcuff, Maas et Thomas dans le secteur des Assurances.

Mais aussi, les Billaud et Moreau parmi les Agents de change, ainsi que les Lyon-Alemand dans le Commerce de métaux précieux.

Bref, au total, une petite centaine d’entrepreneurs qui ont joué un rôle majeur dans le capitalisme français au XIX° siècle. Et auxquels on doit l’industrialisation rapide de la France et de l’Europe et le passage d’une société traditionnelle à une société innovante !

Et pourtant, nous entendons souvent dire que ces grands « aventuriers » de la finance excitent encore dans le cœur du peuple en France une haine si forte qu’elle survit à son objet même et semble ainsi inextinguible ?

Il est singulier de voir comment aux yeux du plus grand nombre on juge aujourd’hui avec défaveur dans notre beau pays tout ce qui est rattaché au mouvement des affaires de l’époque…

Pourquoi les activités liées au financement de la révolution industrielle a-t-elle eu chez nous certains caractères au plan social qui ne sont plus retrouvés nulle part ailleurs ?

Il n’entre pas dans mon sujet ici de dire pourquoi…

Contentons-nous simplement de paraphraser Tocqueville qui écrivit avec clairvoyance et lucidité dans « L’ancien régime et la révolution » il y a donc plus de 150 ans, que la passion de presque tous les français est d’aspirer à devenir un fonctionnaire public.

Pour autant, mon propos et mes atermoiements ne sauraient s’appliquer aux receveurs généraux des Finances, qui de 1795 à 1865, étaient investis d’un pouvoir administratif, qui les a fait souvent passer pour des « préfets financiers ».

Et qui pendant la première moitié du XIX° siècle, sont à la fois les comptables supérieurs du Trésor chargés de centraliser les deniers publics dans chaque département, mais aussi des fonctionnaires banquiers qui doivent faire des avances au Trésor Public : Une élite qui somme toute se substitue pendant plus de trois quarts de siècle à la Banque de France et aux banques privées, pour participer au développement économique de la France moderne.

Citons à cet égard quelques uns de ses représentants les plus illustres tels Florimond Louis D’Audiffret en Côte-d’Or puis en Loire-Inférieure, Jean Gustave d’Aulnoy en Basses-Alpes puis en Ardèche et dans l’Aude, Jean-François Balland d’Augustebourg de Varambon dans la Creuse, Louis Auguste Barbet de Jouy dans l’Hérault, Victor Charles Beslay en Corse, Pierre Antoine Boysson d’Ecole dans les Hautes-Alpes, Alexandre Drouyn de Lhuys en Vendée, sans oublier Olivier Latimier du Clésieux et Augustin Latimier du Clésieux dans les Cotes-du-Nord, tous deux Régents de la Banque de France.

Qu’il nous soit permis ici de rendre aux uns comme aux autres un hommage aussi sincère qu’ appuyé car nous leur devons à tous et à chacun la construction progressive du système bancaire et la naissance de la finance moderne !

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