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ALEXANDRE MELNIK ET LA « DEMONDIALISATION » : LE POINT DE VUE DU GEO – POLITICIEN, EX DIPLOMATE.

Rigidité des structures politiques, peur du changement, paternalisme de l’Etat-providence, etc. Nombreuses sont les raisons pour lesquelles la France a raté toutes les globalisations. Déconnectée des changements actuels de notre monde, la France n’a pourtant jamais été aussi meilleure que lorsqu’elle s’est ouverte au monde.

Créativité, prise de risques, horizontalité des relations humaines: bienvenue dans la globalisation du XXIe siècle. Alors que la métamorphose du monde se poursuit, la France semble toujours bloquée dans le XXe siècle, celui de la non-globalisation. Un nouveau logiciel de pensée pour la France apparaît désormais vital pour sa survie dans l’Histoire. 

Créative et innovante : la France l’est pourtant. Mais son élan est souvent bridé par l’Etat qui, à force de vouloir tout réglementer contraint ses meilleurs talents à l’exil. René Descartes, René-Robert Cavelier de La Salle,  Aristide Boucicaut, Pierre-Charles L’Enfant, etc…Autant d’exemples qui prouvent que la créativité française relève bien d’initiatives personnelles, et non pas d’une stratégie d’Etat. 

En dressant le portrait de la globalisation en cours, l’ancien diplomate Alexandre Melnik donne les clés nécessaires pour que la France puisse enfin entrer dans le XXIe .

« Fort de cette expérience, j’ai banni de mon vocabulaire le mot «  mondialisation  », car dès son apparition en France, il m’a paru (à moi, ancien interprète de Mikhaïl Gorbatchev et François Mitterrand) une malheureuse traduction de son original – globalisation, pourtant existant dans la langue de Molière. Malheureuse, car réductrice de la dimension planétaire du phénomène : franchement, qui, en 2014, ne comprend pas le mot  »globe » ? En revanche, le vocable monde est réservé au périmètre, décroissant, des seuls francophones. Essayez d’expliquer la mondialisation en Chine, en Inde, au Brésil… D’abord, on vous écoute sans comprendre, ensuite on vous demande : «   parlez-vous de la globalisation, n’est-ce pas  » ? Que répondriez-vous ?

Non seulement mauvaise, cette traduction est insidieuse. Car elle est ancrée dans une spécificité non-identifiable en dehors de la France et ses microscopiques joutes idéologiques. Comme, d’ailleurs,   »affirmative action »,  une expression tonique en anglais, maisqui frôle la sinistrose, convertie dans la langue française comme «  discrimination positive  ». Cet oxymore est incompréhensible même pour ses traducteurs. Faut-il s’étonner qu’il pollue les esprits de ceux qui l’utilisent sans réfléchir à ses origines ?

Quant à la «  démondialisation  », c’est un pas de plus dans les défigurations sémantiques. Il s’agit là d’une aberration, politiquement instrumentalisée dans l’optique des échéances électorales. Lourde de conséquences néfastes à long terme.

Car cela signifie la totale ignorance de l’Histoire qui, sans avoir un sens, possède de réelles courbes civilisationnelles, révélatrices de tendances lourdes. De quelle démondialisation peut-on parler dans un monde qui compte aujourd’hui plus de 5 milliards de smartphones (contre 900 000 téléphones mobiles en 2000), et 2 milliards et demi d’internautes (contre 350 millions en 2000) ? Où tous les bestsellers de l’économie globale sont issus d’une interaction instantanée, qui dynamite la notion même d’import – export : un iPad, conçu à 90% aux Etats-Unis, mais assemblé en Chine, est vendu en Occident comme un produit «  made in China  », en alourdissant nos déficits occidentaux !

Pire : la démondialisation érige cette ignorance en vertu, au service d’une manœuvre politicienne, qui méprise l’opinion française. En brandissant le drapeau de la démondialisation, les chantres de cette novlangue marxiste-léniniste rejettent l’économie de marché, en dépit du consensus que ce modèle dégage, aujourd’hui, partout dans le monde.

Enfin, l’exaltation de ce hold-up lexical immobilise la France dans sa prétendue exception et verrouille l’avenir à ses futures élites managériales (mes étudiants). Comment rester indifférent au cas de l’un de mes meilleurs élèves, diplômé, à 24 ans, de trois masters (français, américain et russe), à qui un patron d’une PME lorraine refuse l’emploi sous prétexte que son CV est «  trop international  » ?

En conclusion, la démondialisation, c’est la peur du changement. En revanche, la globalisation, c’est l’espoir d’un futur riche de possibilités.  A nous de choisir entre les deux. »

ALEXANDRE MELNIK

 

Reconnecter la France au monde<br />
Globalisation, mode d'emploi
Publié le 1 Mai 2014
 
BIO DE L’AUTEUR

 

Alexandre Melnik, né à Moscou, est professeur associé de géopolitique et responsable académique à l’ICN Business School Nancy – Metz. Ancien diplomate et speach writer à l’ambassade de Russie à Pairs, il est aussi conférencier international sur les enjeux clés de la globalisation au XXI siècle, et vient de publier sur Atlantico éditions son premier A-book : Reconnecter la France au monde – Globalisation, mode d’emploi.